Ethique économique et sociale, Christian Amsperger et Philippe Van Parys

éd. La Découverte
mardi 5 juillet 2011
par  Joël Daniault

En prologue, les auteurs situent la démarche éthique qui est la leur (jugements de valeur et impératifs catégoriques) par rapport à une démarche scientifique ( jugements de fait et impératifs hypothétiques). La science a trait à ce qui est, l’éthique porte un jugement sur ce qui doit être.

L’éthique économique est la partie de l’éthique qui traite des comportements individuels et des institutions relatifs à cette sphère de l’activité humaine, elle fait partie de l’éthique sociale qui porte sur les institutions plutôt que sur le comportement individuel.

Face à un problème de société ( par exemple, l’asile de réfugiés politiques) comment est-il possible d’établir une affirmation éthique ?

Ce sont des approches de l’éthique économique et sociale moderne qui nous sont présentées centrées sur l’élaboration de principes caractérisant des institutions justes.

Les quatre approches retenues sont l’utilitarisme, le libertarisme, le marxisme et l’égalitarisme. Elles fournissent les repères fondamentaux de la discussion et de la réflexion. Il ne paraît pas opportun de leur ajouter les conceptions de la justice social-démocrate ou néo-libérale car « le champ politique structure superficiellement les débats idéologiques. »

Pour les utilitaristes (Bentham, John Stuart Mill) une société juste est une société heureuse et il s’agit de poursuivre le plus grand bonheur du plus grand nombre. On distingue toutefois plusieurs variantes.

Le point de départ de la pensée libertarienne est : la dignité humaine de chaque humain est fondamentale, laquelle « ne peut être bafouée au nom d’un impératif collectif. Cette dignité réside dans l’exercice souverain de la liberté de choix dans le cadre d’un système cohérent de droits ». Une société juste est une société libre. Il en découle trois principes :
- 1 propriété de soi
- 2 juste circulation ( transfert des droits de propriété)
- 3 Appropriation originelle (le titulaire initial d’un droit de propriété sur un objet est le premier en avoir revendiqué la propriété.)

Les libertariens sont partisans d’un Etat minimal : « …le foisonnement du libre-échange et de la libre entreprise, les initiatives les plus diverses avec ou sans but lucratif auront tôt fait d’aider la demande à se manifester et de la satisfaire mieux que l’Etat ne pourrait le faire. »

Adhérer au libertarisme c’est donc justifier le capitalisme et en particulier le néo-libéralisme : « Pas question, en effet, pour un libertarien, de concéder à l’Etat le droit de mener une politique culturelle, sociale ou économique.. Les médias et la recherche, les soins de santé et l’éducation doivent être intégralement laissés à des opérateurs privés sans autre régulation que la satisfaction des consommateurs. »

Toutes les variantes du libertarisme sont théoriquement compatibles avec des inégalités de revenu et de richesse colossales. Et tant pis pour les inégalités, la liberté est à ce prix.

Tout autre est l’égalitarisme libéral de John Rawls. Ses théories ont fourni une base éthique cohérente aux mouvements tiers-mondiste, féministe et écologique.

Au cœur de la conception libérale-égalitaire de la justice se trouve le pari de pouvoir articuler d’une manière cohérente l’adhésion simultanée aux idéaux de liberté et d’égalité.

Rawls a défini trois principes :
- 1 principe d’égale liberté ( toute personne a un droit égal à l’ensemble le plus étendu de libertés fondamentales)
- 2 Les éventuelles inégalités sociales et économiques doivent satisfaire à deux conditions : principe de différence( au plus grand bénéfice des membres les moins avantagés de la société) et principe d’égalité équitable des chances.
- 3 conciliation de l’égalité et de l’efficience ( Les personnes les plus mal loties pourraient connaître grâce à des inégalités, un sort bien meilleur qu’en cas d’égalité stricte.)

Pour Rawls, la réalisation de ces principes de justice est clairement incompatible avec un régime capitaliste de laisser-faire aussi bien qu’avec un régime de planification autoritaire, mais elle n’est pas non plus compatible avec le fonctionnement d’un capitalisme accompagné d’un Etat-providence( l’assistance publique aux laissés pour compte du marché cadre mal avec l’exigence de maximiser les espérances pour les plus défavorisés).
L’un des deux régimes suivants lui semble possible :
- un socialisme libéral qui combine la propriété publique des moyens de production avec le respect des libertés individuelles.
- une démocratie de propriétaires qui combine la propriété privée des moyens de production avec une diffusion large du capital physique et humain.

A partir de points vulnérables de la théorie de Rawls, plusieurs variantes se sont développées, notamment autour des thèmes de justice et travail, justice et nation. Armatya Sen s’est intéressé à des thèmes autour des inégalités économiques et de la démocratie.

Si les libertariens jugent l’utilitarisme fondamentalement insatisfaisant parce qu’il ne fait pas assez de place à la liberté ou aux droits de l’individu, les marxistes vont trouver à la fois l’utilitarisme et le libertarisme fondamentalement inadéquats parce qu’ils ne font pas droit à une autre exigence éthique centrale : l’égalité. Le projet éthique du marxisme consiste à abolir l’aliénation de l’individu.

Deux problèmes de société sont pris en compte suivant le point de vue de chacune des quatre théories :
- faut-il ouvrir les frontières ?
- les soins de santé peuvent-ils être laissés au libre jeu du marché ?

Dans un chapitre final, le comportement individuel est examiné.

Pour Rawls, c’est la structure de base de la société, c’est-à-dire la manière dont les principales institutions sociales répartissent les droits et devoirs fondamentaux qui constitue l’objet principal de la justice. Le civisme fiscal est un devoir naturel découlant, pour chaque personne, de l’adhésion aux principes de justice. En revanche, les membres de la société ont toute latitude pour mener leur existence comme ils l’entendent. Entre le domaine de la justice et celui de l’éthique individuelle demeure donc une dichotomie tranchée. C’est le dualisme de Rawls.

Le questionnement sur la justice est prioritaire (une société juste) mais cela ne prive pas de son importance la réflexion sur les considérations éthiques qui, dans le champ économique et social, doivent guider la conduite des personnes et des organisations.

Joël Daniault

Saint-Ismier le 17/06/2011


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