"Le capitalisme à l’agonie", par Paul JORION Ed. Fayard

mercredi 1er février 2012
par  Joël Daniault

« A la chute du mur de Berlin en 1989, le capitalisme triomphait. Vingt ans plus tard, il est à l’agonie. Qu’a-t-il bien pu se passer ? »

Pour P. JORION, cela est dû à la conjonction de trois causes. L’organisation des sociétés humaines aurait atteint un seuil de complexité au-delà duquel l’instabilité prendrait le dessus. Le système n’a plus de rival qui le conduisait à modérer ses excès. Enfin, dernière explication possible : « du fait du versement d’intérêts par ceux qui sont obligés d’emprunter, le capitalisme engendrerait inéluctablement une concentration de la richesse telle que le système ne pourrait manquer de se gripper un jour ou l’autre. »

Qu’est-ce que le capitalisme ? « (…)c’est un système de répartition du surplus économique (la richesse nouvellement créée) entre les trois grands groupes d’acteurs que constituent les salariés, qui reçoivent un salaire, les dirigeants d’entreprise ( entrepreneurs ou industriels), qui reçoivent un bénéfice, et les investisseurs ( qu’on appelle aussi capitalistes parce qu’ils procurent le capital) à qui l’on verse des intérêts ou dividendes… »


Il fat ajouter à cela, les notions d’économie de marché ( système qui assure la distribution des marchandises du producteur au consommateur, accordant au passage un profit au marchand) et le libéralisme ( qui est une politique visant à optimiser le rapport entre les libertés individuelles et l’intervention de l’Etat dans les affaires humaines en vue de protéger ces libertés.)

Le capitalisme est un système de partage des surplus déséquilibré par l’allocation des ressources et par sa tendance à la surproduction. De même, l’économie de marché est déséquilibrée car elle conduit à la concentration des entreprises et à l’augmentation des profits obligeant l’Etat à intervenir pour imposer un degré de concurrence indispensable.

Quant au libéralisme, il pousse à limiter l’intervention de l’Etat, à obtenir des déréglementations dont les excès conduisent au déséquilibre du capitalisme au point de le mettre en danger.

La crise financière a obligé les Etats à venir au secours des banques, accordant des crédits qui ne seront jamais honorés d’un montant si considérable que le risque d’insolvabilité se trouve reporté sur les Etats.

Les causes de la crise financière sont, pour une part dues au développement du crédit, nécessité par la stagnation des salaires, et d’autre part à une comptabilité davantage axée sur des gains non encore réalisés.

Il faut ajouter à cela une cause historique, la conférence de Bretton Woods en 1944 où contre la solution proposée par KEYNES, le mécanisme suivant fut mis en place : une seule monnaie, le dollar américain, serait ancrée sur l’étalon or. Les autre monnaies se définiraient par rapport au dollar suivant une parité fixe.

Le dollar devient monnaie de réserve pour la communauté internationale, ce qui implique que sa quantité en circulation doit excéder celle que nécessite les échanges au sein même des Etats-Unis. Il faut donc que les dollars quittent le pays pour se rendre dans le reste du monde. Cela veut dire que les achats en dollars des Américains à l’étranger dépassent en montant les achats faits par les autres nations aux Etats-Unis lesquels doivent donc se maintenir de façon permanente en position d’importateur net, afin que le dollar puisse assurer son rôle de monnaie de référence, autrement dit, il faut que la balance commerciale soit en permanence déficitaire.

Une contrainte pèse sur un pays dont la monnaie est la monnaie de référence pour le reste du monde, il doit créer de la monnaie en deux quantités différentes, l’une correspondant à la création de richesse au sein de la zone économique que les Etats-Unis constituent et l’autre correspondant à une partie de la richesse créée dans le reste du monde. Mais en 1959, l’économiste Robert TRIFFIN note l’impossibilité, pour une monnaie, d’être à la fois la mesure de la richesse du pays qui l’émet et celle d’une partie de richesse créée dans les autres pays. C’est le paradoxe ( ou dilemme) de TRIFFIN.

Depuis 1971, le dollar n’est plus soumis à la parité avec l’or. Rien ne s’oppose plus à ce que de la monnaie soit créée ad libitum par la Réserve Fédérale. Les Etats-Unis disposent donc du privilège exorbitant de pouvoir créer à volonté de la monnaie pour régler leurs dettes extérieures !

Seule la mise en place d’une monnaie internationale distincte des monnaies nationales peut prévenir une possible catastrophe. C’était ce que proposait KEYNES sous le nom du bancor.

Pour certains économistes, l’apparition des produits dérivés sur les marchés financiers serait une conséquence des choix faits à Bretton Woods et expliquerait le développement de la spéculation. La spéculation fragilise les systèmes économiques, elle ponctionne et détourne des ressources qui sont indispensables ailleurs.

Ce développement de la spéculation s’analyse de façon plus générale : « La financiarisation de l’économie observée au cours du dernier demi-siècle est la conséquence d’une concentration excessive de la richesse. On constate à un bout de l’échelle sociale un manque de ressources, et, à l’autre, des ressources en excès qui cherchent à se placer et qui, n’arrivant pas à le faire dans le secteur de la production, en raison d’une constante menace de surproduction, se consacrent, du coup, à des paris sur la fluctuation des prix. Il faut interdire de tels paris, qui non seulement ponctionnent des sommes astronomiques sur l’activité économique réelle (….), mais fragilisent aussi son fonctionnement en créant de longues chaînes de créances où le défaut d’un maillon quelconque entraîne la défaillance tout du long. »

Enfin, l’auteur cherche à travers l’histoire et dans les textes de grands penseurs quelles sont les raisons du déclin de nos sociétés :
« La décadence a lieu de son propre mouvement quand l’individu fait prévaloir sa liberté immédiate sur le bonheur de la communauté. Or, il existe une idéologie contemporaine qui place cette idée immédiate au pinacle : l’ultralibéralisme, sous ses formes diverses du libertarisme, de l’anarcho-capitalisme, etc. …Notre société contemporaine se singularise par le fait qu’une idéologie porteuse de sa propre décadence s’est formulée explicitement en son sein, prône les valeurs qui la provoquent inéluctablement quand elles sont mises en œuvre, et applique son programme consciencieusement, quelle que soit la puissance des démentis que les faits lui apportent. »

La richesse est accaparée par une petite minorité de la population pendant que les classes moyennes s’appauvrissent dans tous les pays développés. Une concentration de la richesse parvient, à terme, à gripper le fonctionnement même de l’économie, les ressources nécessaires à la production et à la consommation se trouvant absentes de manière croissante là où elles sont requises.

Ces déséquilibres du système capitaliste conduisent-ils à sa mort comme le pense P. JORION ? En tout cas, ils sont intolérables.

Notes de lecture relevées par Joël Daniault.
Saint-Ismier le 04/02/12


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