Urgences françaises Jacques ATTALI

samedi 29 juin 2013
par  Joël Daniault

« Ce qui se joue aujourd’hui est une question de vie ou de mort. Pour la démocratie. Pour le pays. … Il faut agir tous et très vite. »

Pourtant les atouts de notre pays sont considérables : « La France est un pays béni des dieux, une exception climatique, une grande puissance agricole et touristique ; elle est la deuxième puissance maritime du monde ; le dernier pays au monde où le soleil ne se couche jamais ; elle est encore la cinquième puissance économique mondiale ; l’héritière d’une histoire culturelle dont la trace est visible dans chaque église, chaque château, chaque paysage. Elle a encore un des meilleurs système de santé, d’éducation, de transport et de sécurité au monde. »

Il n’empêche, suivant l’auteur, la France roule vers l’abîme si des réformes radicales ne sont pas prises très rapidement. Ces réformes seront nécessairement impopulaires car il est impossible de réduire durablement la dette publique sans augmenter les impôts et procéder à des économies budgétaires. Mais il est difficile d’agir car le pouvoir n’appartient plus au seul président de la république.

La droite et la gauche sont renvoyées à leurs responsabilités respectives dans les difficultés présentes. Il devient crucial de remettre en cause les situations de rente.

J.ATTALI en appelle au président de la république pour prendre les mesures nécessaires. Il estime qu’il en a la compétence et la hauteur de vue. Mais il exhorte aussi chacun d’entre nous ( du président au plus humble citoyen ) à avoir assez confiance en nous-même pour comprendre que rien n’est perdu.

Nous vivons dans un monde plein de potentialités mais qui baigne dans une triple crise : écologique, économique, idéologique et politique.
Ainsi : « En 2007, l’excès de la dette privée aux Etats-Unis ( et son transfert, par le biais de la finance, à tout le système financier mondial ) a conduit tous les pays développés, pour survivre au chaos, à transférer les dettes privées sur les dettes publiques, sans régler aucun problème de fond, … »

La crise est aussi idéologique et politique : « …la démocratie étant locale et le marché mondial, aucun Etat de droit planétaire ne vient réguler le marché, … »
La concurrence au niveau mondial pourrait conduire à un effondrement du niveau de vie en Europe et certains Européens pourraient voir leurs salaires atteindre des niveaux très bas comme le sont déjà ceux de certains Allemands (4 € de l’heure !). Pourtant, la comparaison entre l’Europe et les Etats-Unis est encore à l’avantage de l’Europe ( espérance de vie supérieure, balance des paiements positive, inégalités plus faibles, …)

Comme il a été souligné plus haut, la France reste une terre de promesses. Aucun pays au monde n’a disposé, comme elle, d’un Etat stable depuis plus de mille ans ; aucun n’a subi comparativement aussi peu de destructions massives par des guerres ou des catastrophes naturelles, depuis au moins six siècles. Elle occupe une position stratégique unique ( au bout de l’Europe, à égale distance de l’équateur et du pôle Nord, son climat lui épargne les catastrophes naturelles, un des rares pays au monde à être à moins de dix heures de vol de tous les autres, …).

De plus, les institutions françaises comptent parmi les plus solides au monde. A partir de 2060, la France comptera plus d’habitants (74 millions) que l’Allemagne ( 72,4 millions).
La qualité des infrastructures est aujourd’hui unique au monde. La France bénéficie d’un coût de la production d’électricité très bas. On connaît la place importante du nucléaire dans sa production mais on ne sait pas toujours qu’elle est le premier producteur d’énergies renouvelables devant la Suède et l’Allemagne avec 15 % de la production européenne.
Nous disposons d’une des mains-d’œuvre les mieux formées au monde : D’après les statistiques 2009 d’EUROSTAT, la France avait parmi les Européens de moins de 29 ans, le taux le plus élevé de diplômés d’un cycle d’études supérieures en sciences et en technologies( 20,2 pour mille en France contre 17,5 au Royaume-Uni et 13,5 en Allemagne).
Le CNRS est classé deuxième mondial en nombre de publications par la revue Nature.
Nous avons des leaders mondiaux dans l’industrie et les services ( eau, énergie, aéronautique, …)
L’auteur insiste aussi sur la francophonie. Le Français est la cinquième langue la plus parlée sur la planète. Compte tenu de l’évolution démographique de l’Afrique, il y aura en 2050 au moins 700 millions de francophones, voir un milliard, dont 85 % en Afrique.

Tous nos atouts sont fragilisés par nombre d’erreurs de nos gouvernants, par des institutions vieillissantes. Les nouveaux déséquilibres d’aménagement du territoire se manifestent davantage entre les centres villes et les banlieues qu’entre les régions. Le niveau scolaire et universitaire recule, la compétitivité de nos entreprises décline.

Comment en est-on arrivé là ? Parce que la France refuse de se réformer malgré de très nombreux changements qui ont fait évoluer la société dans de nombreux domaines.

Qu’est-ce qu’une bonne réforme ? J.ATTALI répond : « Pour moi, une bonne réforme est celle qui en organisant la remise en cause des rentes rend possible une amélioration de la démocratie, de la tolérance, de la culture, du savoir, de la justice sociale, de l’emploi, du bien-être, du niveau individuel et collectif. »

Or depuis 1983, la France ne s’est pas réformée. Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis en portent la responsabilité. De mauvaises mesures ont au contraire aggravé la situation : baisse d’impôts, augmentations des dépenses publiques ont fait croître la dette publique ( de 600 milliards € sous le mandat de Nicolas Sarkozy).

La circulaire Guéant qui a fait chasser de France les étudiants étrangers les plus brillants nous a fait immédiatement reculer au cinquième rang pour l’accueil des étudiants étrangers derrière l’Allemagne et l’Australie, que nous devancions en 2008. Nous y sommes restés.
Nous sommes tous responsables de la situation où se trouve notre pays, par une attitude devant l’impôt, vis à vis de l’environnement, …, quand nous dénigrons notre pays devant des étrangers, … Nous défendons des rentes ; nous sommes en quête de ce que le pays peut nous apporter, non de ce que nous pouvons lui apporter. On dénombre 115 professions réglementées, des taxis aux pharmaciens.
Si nous ne réagissons pas, le déclin nous guette. Les Français n’ont plus confiance en eux-mêmes ni dans leur pays. Et nous ne serons pas capables de profiter de la croissance quand elle reviendra. Or toute croissance inférieure à 1,5 % conduira d’emblée à une baisse du pouvoir d’achat par habitant et à une nouvelle aggravation du chômage.

En l’absence de réformes, J.ATTALI dresse alors un tableau quasiment apocalyptique de la situation dans laquelle nous serions dans moins de vingt ans : « toutes les études prospectives montrent que la France sera alors dans un déclin dont elle ne se relèvera ni économiquement, ni politiquement, jamais plus . »

Or, dès maintenant : « Si la gauche au pouvoir dérive vers l’échec, si une droite discréditée par son propre échec persiste à critiquer le pouvoir sans reconnaître ses responsabilités, les partis extrémistes de droite et de gauche seront de plus en plus écoutés et l’emporteront dès les prochains scrutins. »

Rien n’est perdu mais il faut agir massivement et vite. D’autres pays ont su le faire (le Canada, la Suède, l’Allemagne) mais le plus souvent au prix de l’augmentation des inégalités. Ainsi en Allemagne : « … le prix à payer a été très lourd : en l’absence de salaire minimum légal, 2,5 millions d’Allemands reçoivent aujourd’hui un salaire inférieur à 5 € de l’heure ; les inégalités se sont accrues… »

Pour nous sortir de nos difficultés, J.ATTALI nous propose une mobilisation nationale autour de dix chantiers, cinq d’entre eux sont destinés à restaurer la capacité d’action de l’Etat, cinq autres à faire repartir la croissance et l’emploi. Il estime que la France a encore les moyens de retrouver le chemin du plein emploi, de redevenir attractive pour la jeunesse et le reste du monde. Pour cela il faut passer d’une société de rente à une société du savoir mais d’abord reprendre confiance et ne pas gaspiller les énormes atouts dont dispose le pays. Ainsi :
« Nous avons une démographie qui se tient beaucoup mieux que celle du reste de l’Europe, mais nous ne donnons pas leur chance aux jeunes. Nous avons un taux d’épargne élevé mais cette épargne est placée sur le livret A ou dirigée vers la dette publique au lieu d’être utilisée pour financer l’industrie. Nous avons de très bons chercheurs, mais leurs travaux peinent à irriguer l’industrie, …
Nous avons la francophonie, mais nous ne nous appuyons pas sur ce formidable potentiel pour accroître notre influence politique, économique et culturelle dans le monde. »

1° chantier : réformer les institutions par référendum

- Limiter constitutionnellement à dix le nombre de ministères de plein exercice et à dix le nombre de ministres délégués.
- Regrouper certaines régions pour en réduire le nombre à seize.
- Supprimer l’échelon départemental.
- Regrouper les communes ( réduire leur nombre à moins de 10 000)
- Inscrire dans la constitution un pacte financier entre l’Etat et les collectivités territoriales pour maîtriser la dépense publique.
- diminuer le nombre des parlementaires.
- Introduire 15% de proportionnelle dans le mode de scrutin législatif.
- Interdire tout cumul de mandats électifs et limiter leur nombre à trois mandats consécutifs.
- Limiter à trois le nombre d’établissements publics locaux où pourrait siéger tout élu local.
- Transformer le conseil économique, social et environnemental en un conseil du long terme.

2° chantier : Rendre efficaces les dépenses publiques pour maîtriser la dette sans casser la croissance

Pour maîtriser la dette sans casser la croissance et la ramener en cinq ans au-dessous de 80% du PIB, il convient de passer d’une politique d’austérité à une politique d’efficacité. Cela impose des réformes rigoureuses mais elles ne doivent pas conduire à une dégradation des services publics.
Il faut mieux contrôler les dépenses, moderniser la fiscalité, réformer les retraites.

3° chantier : Renforcer la défense nationale

4° chantier : Oser la francophonie

Des mesures concrètes doivent être prises d’urgence.
- Rassembler toutes les entités qui s’en occupent dans l’administration française autour d’un secrétariat général à la francophonie placé auprès du président de la république.
- Accueillir des étrangers en France.
- Faciliter massivement la délivrance de visas.
- Accueillir dans les universités françaises des étudiants étrangers ne parlant pas français, commençant leur cursus en anglais et le terminant en français.

5° chantier : Oser l’Europe, avec, par exemple les mesures suivantes :

- Renforcer au plus vite la relation franco-allemande par des échanges de projets : développer un échange scolaire obligatoire pour tous les étudiants de niveau master, une politique conjointe de formation et d’emploi des jeunes, une politique conjointe de l’énergie,… envisager de partager notre siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU.
- Imposer aux marchandises autorisées à la vente des normes de qualité et de sécurité européennes, afin de limiter les importations à bas coût, de mauvaise qualité et ne respectant pas les normes de sécurité des travailleurs édictées par l’OIT.

6° chantier :Promouvoir le savoir

La réforme de l’éducation doit notamment viser à favoriser la mobilité sociale, à améliorer la formation des enseignants, à développer l’usage d’outils numériques,…

7°chantier : Organiser le plein emploi par la formation

Passer, entre tous ceux qui sont aujourd’hui au chômage et une « Agence d’évolution », un contrat de « salarié en formation et recherche d’emploi ».

8° chantier :Promouvoir la création et le développement des entreprises

9° chantier : Réduire les principales rentes (rentes foncières et corporatismes)

10° chantier :Développer les nouveaux réseaux de l’économie positive

Réorienter l’appareil de production vers des secteurs à long terme, en faisant financer cette restructuration par la vente d’une partie des participations actuelles de l’Etat dans l’industrie, sans y perdre ni droits de vote ni présence dans les conseils d’administration. Favoriser le financement à long terme des secteurs d’avenir(santé, éducation, robotique, minerais stratégiques, énergie, protection de l’environnement, efficacité énergétique, services numériques, biotechnologies et transports) ;…

Saint-Ismier Le 20/06/2013

Notes de lecture Joël Daniault


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