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La mystique de la croissance Comment s’en libérer

vendredi 25 octobre 2013, par Joë l Daniault

Notes de lecture du livre de Dominique Méda.

Dominique Méda constate qu’actuellement, comme le travail, la croissance structure notre dynamique sociale. Sans croissance nos sociétés s’effondrent, sans elle nous n’aurions ni augmentation de revenu, ni confort, ni emplois. Or nos économies sont en stagnation et la croissance ne reviendra peut-être pas, et si elle revenait tout tend àprouver qu’elle aggraverait la crise écologique, or « on peut avoir de l’emploi, de la démocratie, du confort avec moins de croissance, ou avec un autre type de croissance.  »

Jusqu’àmaintenant il n’a pas été pris en compte des dégâts sur la nature et sur les hommes engendrés par notre développement économique.

Les politiques d’austérité sont mortelles mais les politiques de relance ne sont pas la solution. Il ne faut pas non plus compter sur un bond technologique, il ne suffira pas pour résoudre nos problèmes. Nous avons besoin d’investissements massifs dans la reconversion écologique.

Dominique Méda passe en revue tous les risques qui nous menacent. Le changement climatique affectera les éléments fondamentaux de la vie pour de nombreuses populations ( l’accès àl’eau, la production de nourriture) mais aussi la disparition àplus ou moins brève échéance des ressources naturelles, la pollution, la réduction de la biodiversité.

De nombreux travaux de scientifiques conduisent àla conclusion que l’humanité est au bord d’une série de catastrophes si rien n’est fait d’urgence.

Comment en est-on arrivé là ? Déjàdans les années 1960, Bertrand de Jouvenel avait alerté l’opinion sur les problèmes de pollution. Personne alors n’avait souligné que la production des richesses produit aussi des maux. L’humanité a fait preuve d’excès dans l’usage du travail et de la nature. Ce nouveau rapport d’exploitation et de domination de la nature serait le produit de la victoire du christianisme sur le paganisme.

C’est dans la Genèse 1, verset 26 qu’on avance que l’homme a vocation àrégner sur la nature : « Le texte biblique contiendrait donc les composants d’une vision du monde en rupture complète avec le paganisme : alors que dans l’antiquité, chaque arbre, chaque colline avait son propre genius loci, son gardien spirituel, le christianisme a, explique White, désacralisé le monde et permis l’exploitation de la nature sans que personne ne se soucie plus des sentiments des objets naturels.  »

Une chose est certaine, il faut changer notre conception du développement de la société et pour cela il est indispensable de changer d’indicateurs. Le PIB est totalement inadapté, il ne tient pas compte des dégâts causés par la croissance. La commission Stiglitz a proposé des indicateurs qui intègrent les inégalités, la qualité de la vie et la durabilité.

Des organismes internationaux comme l’OCDE et le PNUE ont proposé des scénarios de croissance verte censés respecter la nature et combattre le réchauffement climatique, mais ils nécessitent d’y consacrer 2 à3% par an du PIB mondial. Ils font montrent d’une confiance absolue dans la capacité du progrès technologique ànous tirer d’affaire. C’est un pari risqué.

Par ailleurs, la réalisation des objectifs du GIEC est incompatible, àdes degrés divers, avec la poursuite de la croissance. Il faudrait que le PIB mondial baisse de 3,3% par an entre 2007 et 2050. Plusieurs auteurs s’accordent pour penser qu’une telle mesure ne peut s’accompagner d’un chômage de masse que par une forte réduction du temps de travail. Il faudra de plus une redistribution massive des pays développés vers les pays émergents et en voie de développement mais aussi au sein des économies développées elle-mêmes. La question des inégalités entre pays et àl’intérieur des pays est centrale. Aucune mesure ne pourra être prise sans leur réduction drastique.

Notre objectif prioritaire ne doit plus être la croissance du PIB mais la satisfaction des besoins humains essentiels sous la contrainte de la prise en considération de la nature et de la cohésion sociale. Cela suppose un changement d’attitude, ne plus considérer la nature simplement comme un capital àexploiter. Mais, de même qu’il a fallu mener un combat pour la défense des travailleurs : « Il nous faut aujourd’hui poursuivre la même tâche théorique et pratique, exigeant la conjonction de révolutions conceptuelles et de luttes concrètes, pour engager le processus de démarchandisation, de déprivatisation et de désenchantement de la nature dans les communautés susceptibles de mettre en Å“uvre les règles d’usage édictées par la collectivité.  »

Et notre auteur poursuit :
« Ce que notre indicateur de progrès doit donc organiser, ce sont les règles du bon usage de la force de travail et de la nature, de manière àce que la production soit désormais enserrée, comme l’économie s’en veut la science, dans des critères éthiques.  »

Dominique Méda ne pense pas que la seule façon de lutter contre le chômage soit de viser une croissance de plus de 1,5 %. La réduction de la durée du travail est la première mesure àadopter. Il faudrait passer à32 heures hebdomadaires.

Le financement d’une telle mesure pourrait s’opérer, d’une part, en y faisant participer les plus hauts salaires et, d’autre part, en utilisant la partie de la valeur ajoutée actuellement consacrée àrémunérer les actionnaires.

On gagnera aussi des emplois en ralentissant considérablement les gains de productivité, comme en passant àl’agriculture biologique. Les développements dans le domaine des économies d’énergie et des énergies renouvelables sont aussi créateurs d’emplois.

Nous devons changer nos modes de vie actuels. Nous devons faire confiance àla démocratie pour tracer le nouveau chemin, ce qui suppose acquises des vertus, dont J.J.Rousseau, comme les anciens, considérait qu’elles conditionnaient tout le reste. Il faut donc rompre avec les croyances telles que :
« â€¦ le caractère intrinsèquement bon de la maximisation de la production, le progrès confondu avec l’augmentation des quantités, de l’efficacité et de la puissance ; la passion du luxe et de l’enrichissement personnel ; la satisfaction individuelle érigée en critère principal d’évaluation…  »

Enfin, la transition écologique ne pourra pas s’engager sans un minimum de changements comme :
- donner un coup d’arrêt àla financiarisation de nos économies.
- la mise en Å“uvre de normes sociales et environnementales qui permettront àl’Europe d’échapper au dumping social et àla course vers le bas.
- La mise en place d’un fond qui pourra engager les investissements nécessaires (300 milliards d’€).
- et... donc, il faudra revoir les traités européens.

Seule une banque ou un fonds européen, alimenté par un mixte de création monétaire et de fiscalité, pourrait assurer la gestion sur plusieurs décennies d’un tel processus.

Dominique Méda tient certainement le discours de la sagesse mais on pourrait la taxer d’utopiste tant l’état du monde actuel, y compris de l’Europe, semble loin d’être prêt àmettre en Å“uvre le genre de préconisations qu’elle promeut. Alors, allons-nous àla catastrophe ?

Notes de lecture
Joë l Daniault Saint-Ismier 14/10/2013