L’éducation : quelle autorité aujourd’hui ?

dimanche 14 juin 2015

Parents, grands-parents, enseignants, animateurs… beaucoup de ces acteurs de l’éducation rencontrent des difficultés.
Du tout petit à l’adolescent, voire au jeune adulte, est-il plus difficile aujourd’hui d’éduquer ?
Écrans omniprésents, enfants rois, interdiction d’interdire… la relation avec les plus jeunes ne va décidément pas de soi.
Que penser aujourd’hui de la place de l’autorité, du respect de la règle, du respect d’autrui ?
C’est pourquoi nous avons organisé le 27 mai 2015 une soirée débat dont voici le compte rendu :

La soirée commence par un exposé sur le thème de l’autorité par Geneviève Stalla-Moriceau, psychologue clinicienne qui a travaillé durant 17 ans à l’Ecole des parents et des éducateurs.

Des définitions
(Larousse) Autorité (df ) : puissance légitime, droit de commander. Ne pas confondre avec autoritarisme.
(Code Civil) : l’autorité parentale est l’ensemble des droits et des devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant (santé, moralité).

Une petite histoire de l’autorité parentale
De l’Antiquité où le paterfamilias avait droit de vie ou de mort sur ses enfants,au Moyen Age avec une autorité partagée, un retour du pouvoir du père à la Renaissance et un tournant décisif à la Révolution avec l’égalité des membres de la famille en matière de surveillance et protection des enfants.
Au 19ème siècle, apparaissent des lois qui limitent le pouvoir paternel :
- 1882 Jules Ferry et l’école obligatoire
- 1889 loi sur la déchéance des pères indignes
- 1970 autorité parentale partagée
- 1987 loi sur la coparentalité en cas de séparation
- 
2002 accentuation vers l’intérêt de l’enfant de l’autorité parentale partagée. Possibilité d’une médiation familiale en cas de désaccord

Une analyse de la situation actuelle
Notre conférencière fait référence à un pédo-psychiatre, auteur de nombreux ouvrages sur le thème de l’autorité : Daniel Marcelli. Il a derrière lui 40 ans de carrière et a vu une évolution significative de l’attitude des enfants qu’il reçoit : au début, c’étaient des enfants inhibés, refoulés, bégayant, ayant peur de regarder en face, sous le principe de l’interdiction ; maintenant, des enfants suractifs, regardant droit dans les yeux, cherchant la réalisation de soi, intégrés à l’environnement.

Les parents n’ont plus de mode d’emploi éducatif préfabriqué. Il en résulte une génération de jeunes dont la valeur fondamentale est la réalisation de soi et non plus l’intégration dans le lien social.

Des explications , notamment :
- l’enfant est devenu plus rare donc plus précieux ;
- des séparations de couple plus fréquentes (d’où une culpabilisation des parents). Le lien de famille n’est plus le couple mais l’enfant ;
- choc des cultures et paupérisation
- une explosion du progrès technique où l’adulte (parent ou maître) n’est plus le seul porteur de connaissance.

Quelques affirmations
- Il est permis d’obéir : bien faire la différence entre obéissance et soumission. L’enfant doit apprendre l’obéissance car il a besoin d’un cadre. Les parents ayant de l’autorité sont rassurants. Il faut autoriser au maximum tout en maintenant des limites.
- Eduquer n’est pas séduire. La séduction qui a tendance à remplacer l’autorité repose sur une faille narcissique. Si elle est stimulante chez les petits, elle est dangereuse quand l’enfant grandit et rencontre l’autre ; il ne comprend plus que son attitude ne fonctionne pas avec les copains.
- L’autorité doit être abstinente : S’abstenir de la jouissance du pouvoir sur l’autre...Il ne faut pas avoir peur du pouvoir mais des abus de pouvoir. S’abstenir d’humilier.
Il faut prendre la mesure des conséquences des humiliations faites aux enfants.

Et, en conclusion
L’autorité est la transmission d’un cadre sécurisant et de limites bien définies dans une relation de respect et d’écoute, avec empathie.
Que reste-t-il à transmettre puisque la connaissance ne se transmet plus ?
En tant que parent : être auteur de sa parole, une parole vraie, authentique, transmettant valeurs, passions, respect de la vie, respect de soi et des autres.

Cet exposé est suivi de témoignages
Bénédicte Fages, médecin en protection de l’enfance. Elle constate : beaucoup de parents sont déboussolés à l’arrivée de l’enfant, difficultés pour le faire dormir ou manger ; puis, entre 18 mois et 3 ans, difficultés de fixer des limites à leurs enfants devenus tout puissants, de faire preuve d’autorité. Ces enfants ne connaissent pas la frustration. Nécessité d’aider les parents dans le bien de l’enfant à cet apprentissage de la frustration.

Témoignages de Simone Guers, professeur de français, et de Geneviève Timon, principale en collège : la légitimité de l’autorité qui doit composer sans se diluer avec les émotions, les phénomènes de groupe… doit être reconnue. Une bonne collaboration entre parents, enseignants, personnel administratif est indispensable.

Le temps de l’échange
Enseignant en classe de BTS, parents d’enfants en école primaire témoignent à leur tour. Un point très présent : le danger potentiel du développement du numérique (utilisation de téléphones, smartphones, une culture de l’éphémère qui se développe…).

Claude Fages signale l’existence d’une association grenobloise « La maison de l’image » qui se rend dans les écoles pour faire connaître les dangers d’internet.

La soirée se termine agréablement, efficacement et tardivement par des discussions variées autour d’un pot.


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