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"Tout peut changer", Capitalisme et changement climatique, Naomi Klein

mardi 28 juillet 2015, par Joë l Daniault

Naomi Klein insiste sur la gravité de la crise climatique. Si aucune modification draconienne de notre mode de vie et de notre système économique n’est pas engagée dans l’urgence, les chances de limiter à2°C le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle seront faibles et cela conduirait àune situation catastrophique.

Or, le système capitaliste est responsable des atermoiements actuels qui pourraient nous être fatals : « La véritable cause de l’inertie actuelle face au changement climatique tient au fait que les mesures nécessaires menacent directement le paradigme économique dominant ( qui combine capitalisme et austérité) et le mythe fondateur de la culture occidentale ( selon lequel l’être humain ne fait pas partie de la nature et peut jouer de ses limites) ,…  »

Ainsi : « Les trois piliers de l’ère néo-libérable ( privatisations du secteur public, déréglementation des marchés et allégement du fardeau fiscal des entreprises par la réduction des dépenses publiques) sont donc incompatibles avec une bonne partie des mesures àprendre pour ramener les émissions àdes niveaux acceptables.  »

En fait, ces mesures représentent une grave menace pour les revenus et le pouvoir de la minorité qui a la haute main sur l’économie, la sphère politique et la grande majorité des médias.

Le libre-échange, les traités commerciaux ( tels l’ALENA), les économies basées sur l’exportation, ont une influence néfaste sur la lutte contre le réchauffement climatique. L’OMC, s’oppose àdes mesures prises par les Etats (par exemple, en faveur de constructeurs de panneaux solaires, ou les mesures de la CEE contre l’importation du pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta). Les produits importés de Chine par les Etats-Unis ont un pouvoir d’émission en CO2 supérieur àceux produits sur leur territoire.

La crise du climat peut devenir un précieux catalyseur pour changer notre monde et aller vers une société plus égalitaire. Mais elle peut, au contraire conduire àdes transformations sociales, politiques et économiques beaucoup moins souhaitables, suivant « la stratégie du choc  » qui a déjàfait l’objet d’une publication de l’auteure. Des déréglementations, des réductions des dépenses sociales pourraient nous être imposées. Des compagnies d’assurance s’emparent également du sujet en espérant couvrir les plus fortunés des risques àvenir.

Les mesures pour combattre le réchauffement climatique sont connues et de moins en moins coà»teuses ( transport en commun électrifiés, logements éco-énergie, …) mais demandent, cependant des investissements importants auxquels les entreprises privées seules ne peuvent pas répondre. L’AIE( agence internationale de l’énergie) estime qu’il faudrait quadrupler les investissements dans les énergies renouvelables d’ici 2030 pour pouvoir respecter l’objectif des 2°C. La participation des services publics est donc une condition essentielle de leur développement.

Naomi Klein cite aussi des expériences de municipalisation de gestion de l’énergie ( Boulder aux USA, Hambourg) ou même de production décentralisée de l’énergie par des communes.

Elle propose aussi de revitaliser et redéfinir le secteur public, d’y prévoir des investissements dans des réseaux électriques intelligents, les métros légers, le compostage en milieu urbain, la rénovation énergétique de l’habitat,…
Elle reprend les idées de T.Piketty sur l’augmentation des impôts des riches. Les riches polluent plus en raison de leur mode de vie( nombreux déplacements, entre autres). C’est ainsi que différentes taxes ( sur les transactions financières, sur la fortune des milliardaires, …) pourraient rapporter 2 000 milliards de dollars par an.
Les actions des milliardaires ( genre Branson) dans le domaine de l’environnement sont inefficaces et ne sont que simples actions de communication.

Au niveau international, les pays développés ont une dette vis àvis du reste du monde. Depuis près de 200 ans d’émissions cumulatives les pays dont l’économie est alimentée par les combustibles fossiles depuis la révolution industrielle ont davantage contribué àla hausse des températures que ceux qui prennent part au jeu de la mondialisation depuis deux ou trois décennies. Les pays développés, qui comptent pour moins de 20% de la population mondiale, ont émis près de 70% de l’ensemble des gaz àeffet de serre. Mais, en grande partie, grâce àdélocalisation rendue possible avec le libre-échange, les émissions des pays développés ont àpeu près cessé d’augmenter. Maintenant, ce sont les économies émergentes qui sont les principales responsables de la brusque hausse des émissions. Il faudrait, comme le proposent certaines personnalités, créer un fonds international auquel contribueraient les pays riches pour aider les pays émergents dans leurs politiques de transition énergétique.

N.Klein s’élève contre ce qu’elle appelle « l’extrativisme  » et pense que si l’on veut réduire sensiblement les émissions de CO2, 80% des combustibles fossiles doivent rester sous terre. Elle fait remarquer que cette idéologie extrativiste est d’inspiration biblique et fondée sur les idées de Bacon qui prônait la suprématie de l’homme sur son environnement et son droit àl’exploiter impunément. Pourtant, on ne peut opposer l’homme au monde naturel : nous ne sommes pas distinct de la nature, nous en faisons partie.

Cette croyance en la suprématie de l’homme conduit ànourrir la pensée magique selon laquelle nous serons toujours sauvés àtemps, que ce soit par le marché ou la technologie. Et cela mène aux projets de géo-ingénierie, véritables jeux d’apprentis sorciers qui pourraient nous entraîner vers d’autres genres de catastrophes.
Plus que sur les institutions et les gouvernements, N.Klein compte sur les mouvements démocratiques de masse qui s’opposent aux projets néfastes menés par des gouvernements et des grands groupes industriels . Elle relate de nombreuses expériences àtravers le monde, notamment dans son chapitre intitulé la « blocadie  ». Elle espère que ces mouvements de masse seront capables de freiner une machine économique lancée dans une course folle. Elle regrette cependant, et condamne, la collusion plus ou moins étroite de certains groupes environnementalistes avec de grandes entreprises de l’industrie extractive ( notamment des financements).
Parmi les mesures de résistance, elle cite aussi le désinvestissement des organismes public et associatifs dans le secteur des combustibles.

En conclusion, le système d’économie libérale actuel est incapable d’apporter les solutions pour combattre la crise climatique, et c’est par les actions àla base que… « Tout peut changer  », comme l’exprime bien la citation suivante, extraite de sa conclusion.
« Dans ce contexte tout axe de résistance doit, pour être efficace, s’inscrire dans un conflit plus large entre les visions du monde incompatibles, dans un processus de redéfinition et de reconstruction de l’idée même de collectivité, d’espace public, de biens communs, de droits civiques, de citoyenneté, après des décennies d’assauts et de négligence. Car làoù le défi climatique peut sembler insurmontable, c’est en ce qu’il exige la violation simultanée d’un grand nombre de règles : des règles inscrites dans les lois des pays et les accords commerciaux, mais aussi d’impératives règles officieuses en vertu desquelles un gouvernement ne peut rester au pouvoir s’il augmente les impôts.  »

Notes de lecture Joë l Daniault Saint-Ismier 18/07/2015