L’Islam contre l’Islam, Antoine SFEIR, 2013

dimanche 1er mai 2016
par  Joël Daniault

Cet ouvrage fera l’objet d’une discussion lors de la prochaine réunion du groupe de lecture qui aura lieu le Lundi 23 Mai 2016 à la Salle des fêtes de Biviers

L’Islam contre l’Islam
L’interminable guerre des sunnites et des chiites

Antoine Sfeir
Editions Grasset

L’auteur note dans son avant-propos : «  Chaque fois que l’homme dans l’histoire de l’humanité, s’est pris pour Dieu ou s’en est fait le porte-parole, ce fut la catastrophe. » et il ajoute : «  Rien n’a changé au cours des siècles. »

Une confrontation généralisée a commencé dans le Moyen-Orient dès le lendemain de seconde guerre mondiale.

Le Levant est découpé pour le plus grand bénéfice des intérêts britanniques. Les rivalités et les politiques conjuguées des Britanniques et des Français ne laisseront sur place que guerres et destructions.
Après la guerre de Suez, Nasser a tenté de mettre sur pied le mouvement des non-alignés ; il voulait construire un Etat moderne sur le modèle occidental mais l’Occident préféra l’Arabie Séoudite où le Coran fait figure de constitution et la loi islamique de droit civique et pénal, où la lecture littéraliste du Coran s’impose. Les Etats-Unis avaient contracté avec ce pays ( premier producteur mondial de pétrole) une alliance stratégique. A. Sfeir affirme que cela conduira au problème de la déferlante islamiste et salafiste à laquelle nous assistons aujourd’hui. Or, des quatre écoles juridiques qui furent crées en islam, c’est la plus conservatrice qui anime ces courants, surtout représentés en Arabie Séoudite.

Face à l’Arabie Séoudite sunnite, l’Iran chiite s’impose et soutient les minorités chiites dans les Etats sunnites. La guerre qui oppose les chiites aux sunnites remonte à l’an 632, date de décès du Prophète.

Sur le milliard deux cent millions de musulmans que compte la planète, il y a 90% de sunnites et 9% de chiites duodécimains ( ils pensent que le douzième imam disparu dans l’enfance doit revenir pour annoncer la fin des temps). Il reste 1% de chiites septimus ( pour eux, c’est le septième imam qui doit revenir) et d’autres courants minoritaires.

Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut se replonger dans l’histoire de ces deux branches principales de l’islam ( sunnites et chiites). A l’origine, la dynastie des Séfévides a choisi le chiisme comme religion d’Etat dans l’Empire perse au XVème siècle en vue de séparer les Perses des Arabes. Ce sont les prémices de la géopolitique liée à la religion.

Il faut remonter à la mort du Prophète pour comprendre l’origine du chiisme. Rien dans le Coran ne définit la charge dynastique. Il n’y a pas d’héritier, pas d’institution politique ou spirituelle capable de gérer les problèmes dans les différentes provinces conquises. Cette situation sera à l’origine des grandes divisions au sein de l’islam. Les quatre premiers califes , compagnons du Prophète, vont se battre pour lui succéder.

Des dissensions fondamentales vont créer des rivalités, des haines et des conflits entre la famille de Mahomet représentée par Ali ( son cousin et gendre) et les autres tribus qui faisaient confiance à Abou Bakr ( père d’Aïcha, épouse préférée de Mahomet). Dans un premier temps, c’est lui qui devient le calife, c’est-à-dire le successeur. Il le restera pendant deux ans. Ali deviendra le quatrième calife en 656. Cette même année éclate la première guerre fratricide, c’est la bataille dite du « chameau ».

Après la mort d’Ali et la renonciation de son fils Hassan, Mo’awiya devient calife et fonde la dynastie des Omeyades (661-750) ; il s’établit à Damas. Les chiites sont pourchassés ( on désigne ainsi les partisans d’Ali car partisan se dit chi’a en arabe).

Hussein, second fils d’Ali, est tué en 680 lors du massacre de Karbala organisé par les troupes du calife omeyade de Damas. La commémoration de l’anniversaire de ce massacre donne naissance au rite de l’Achoura (dixième jour du premier mois du calendrier islamique). Ce jour-là, on joue le spectacle du Tazieh ( mot qui signifie en arabe « témoignage de condoléances »).

C’est autour de la personnalité d’Ali et de son fils Hussein que se construit le chiisme, dans une exaltation religieuse assez éloignée de l’orthodoxie sunnite. Dès l’origine, les chiites ne reconnaissent que la descendance d’Ali, et par la suite chaque imam doit désigner son successeur conformément à la volonté divine. Le chiisme a engendré plusieurs sectes minoritaires.

La grande fracture théologique entre les deux branches de l’islam concerne la question de l’imamat. L’imamat chiite est le chef temporel et spirituel désigné par Dieu lui-même. L’imamat chiite est difficilement comparable au califat sunnite. L’imam est à la fois chef politique et guide spirituel. Dans le sunnisme il n’y a pas de clergé alors que dans le chiisme il y a un clergé aussi hiérarchisé que dans le clergé catholique.

Les imams sont formés soit par le ministère des affaires religieuses en Turquie, soit à la mosquée Al-Azhar en Egypte…soit pas formés, ce qui pose de grands problèmes dans nos banlieues.

Chez les sunnites, il n’y a plus de calife, donc plus d’autorité qui puisse imposer quoi que ce soit. Il n’y a pas d’intermédiaire entre le croyant et Dieu. Personne n’a le droit de parler seul au nom de l’islam, …et en même temps tous les croyants peuvent s’arroger le droit de le faire. C’est ainsi que s’est développé l’islamisme : sur la base d’une lecture littéraliste du Coran et d’une légitimité à l’interpréter sur le seul critère de la foi. C’est l’exemple du port du voile ou de l’interdiction des boissons alcoolisées. Suivant les sourates, la consommation du vin est accusée de susciter un péché ou au contraire est valorisé.

Les chiites, toutes sectes confondues, représentent moins de 10% de l’ensemble des musulmans. A l’exception du golfe persique, où ils constituent plus de 90% de la population en Iran et 70% à Barhein, les chiites sont minoritaires dans le monde musulman. Dès son origine, le chiisme est une religion de minorités, d’exclus, de persécutés. La lutte contre le sunnisme prend donc un caractère de revanche. Les minorités vont se mettre à l’abri dans les zones montagneuses. On a, par exemple aujourd’hui, le djebel druze au Liban et le djebel alaouite en Syrie.

Le chiisme en Iran :
C’est en 1501 que la dynastie des Séfévides, issue de tribus turques d’Asie centrale, impose le chiisme duodécimain à l’Empire perse. Un système institutionnel avec une constitution élaborée en 1906 va perdurer jusqu’à la révolution islamique de 1979. L’ayatollah ( le Guide) Khomeyni est accueilli triomphalement après le départ du Chah. Le Guide est le véritable chef de l’Etat, il domine l’ensemble de l’appareil politique, pouvoir législatif et judiciaire. Le pouvoir iranien comporte quatre pôles, le Guide, le président, le clergé et les gardiens de la révolution(les Pasdaran).
La politique extérieure de l’Iran après la révolution islamique répond à deux logiques : maintenir une influence régionale et se prémunir de toute menace émanant de ses rivaux. L’Iran essaie de sortir de l’encerclement dans lequel la Turquie et l’Arabie Séoudite, puissances sunnites, le maintiennent.

L’Iran a des problèmes à ses frontières, avec les Azéris d’Azerbaïdjan, ancienne province perse. Ce pays a été dans le giron soviétique et a de ce fait été soumis à une forme de laïcisation.

Le sort des Hazaras d’Afghanistan pose également des problèmes à l’Iran. Conquise au XVIIème siècle par l’Empire perse, la région de l’Hazaradjat est rapidement convertie au chiisme duodécimain. Un siècle plus tard les tribus patchounes soumettent les Hazaras et les intègrent dans un nouvel Etat, l’Afghanistan. Les Patchounes font de leur pays le garant de l’orthodoxie sunnite face aux sectes dissidentes. Commence dès lors la répression des Hazaras. Au sortir de la guerre en 1989 les Hazaras représentent une entité politique à part entière. L’Iran soutient et finance les partis chiites tandis que, parallèlement, l’Arabie Séoudite apporte son soutien aux partis patchounes sunnites. En 1994 les Talibans( Patchounes) arrivent au pouvoir avec la bénédiction des Etats-Unis. Ces Patchounes sunnites revendiquent un islam rigoriste. En 1992, lorsque les Américains quittent le pays, les troupes du commandant Massoud massacrent les Hazaras.

Etat des lieux aujourd’hui :

Au XXème siècle, l’apparition de mouvements fondamentalistes radicaux dans les pays sunnites, comme les Frères musulmans en Egypte et en Syrie , le mouvement whahabite en Arabie Séoudite, contribue à exacerber à nouveau, l’hostilité de la majorité des musulmans contre les chiites. Cette situation rend fragile la stabilité de certains pays. Ainsi, la Syrie , mosaïque ethnique et religieuse à majorité sunnite ( 83%) est dirigée par les Alaouites ( chiites) et est au bord de l’éclatement. Le risque de partition est également fort en Irak. Au Liban, le Hezbollah, bras armé de l’Iran, constitue déjà un Etat dans l’Etat.

Les conflits religieux se doublent de conflits pour le contrôle du pétrole.

A.Sfeir est très critique par rapport à la politique des occidentaux, il déclare à propos de l’Iran : «  Vouloir diaboliser le régime, comme les occidentaux le font, relève d’un angélisme puéril : c’est nier le caractère englobant de l’islam qui a cours dans tous les pays qui en ont fait une religion d’Etat, du Pakistan à l’Arabie Séoudite, qui sont pourtant nos alliés. »

Pour lui, l’Iran n’est pas un Etat voyou, comme le pensent certains occidentaux. Certes, le régime théocratique iranien dérange ces Occidentaux mais les régimes séoudien et quatari, également théocratiques, ne leur posent aucun problème alors que le Qatar est en train d’acheter nos banlieues et de s’implanter en France en important un islam rigoriste.

Les Iraniens ont besoin d’une alliance pour sécuriser leurs frontières( menaces des Talibans). Les Anglais et les Russes ont voulu dépecer l’Empire durant tout le XXème siècle, l’Allemagne est considérée comme une puissance marchande. Il reste les Américains et les Français. La France avait des atouts considérables, elle parle avec tout le monde , mais les actions des derniers ministres des affaires étrangères n’ont pas été à la hauteur des enjeux. Nos possibilités ont été gâchées.

Saint-Ismier le 24/04/2016 Notes de lecture joël Daniault


Agenda

<<

2018

 

<<

Avril

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2627282930311
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30123456