L’esprit des Lumières

Tzvetan TODOROV Ed. Robert Laffont
samedi 18 avril 2009
par  Joël Daniault

“…après l’effondrement des utopies, sur quel socle intellectuel et moral voulons-nous bâtir notre vie commune ? Pour nous comporter en êtres responsables, nous avons besoin d’un cadre conceptuel qui puisse fonder non seulement nos discours, cela est facile, mais nos actes. »

Pour Todorov, il n’y en a qu’un, c’est le versant humaniste des Lumières.
Le projet des Lumières repose sur trois idées : l’autonomie, la finalité humaine de nos actes et l’universalité.

Le premier trait constitutif de la pensée des Lumières consiste à privilégier ce qu’on choisit et décide soi-même au détriment de ce qui nous est imposé par une autorité extérieure. Cette préférence comporte deux facettes, l’une critique, l’autre constructive.

Émancipation et autonomie sont les mots qui désignent les deux temps, également indispensables, d’un même processus. Pour pouvoir s’y engager, il faut disposer d’une entière liberté d’examen, de questionner, de critiquer, de mettre en doute. D’où le rejet de l’autorité des Dieux. Cependant, les Lumières n’ont pas pour but de récuser les religions mais de conduire à une attitude de tolérance et à la défense de la liberté de conscience.

Première autonomie conquise : la connaissance. Elle n’a que deux sources, la raison et l’expérience ; avec un postulat, elle est libératrice.

L’exigence de l’autonomie conduit à deux principes :
- 1) La source de tout pouvoir est dans le peuple, et rien n’est supérieur à la volonté générale.
- 2) Liberté de l’individu vis-à-vis du pouvoir étatique. Pour assurer cette liberté on veille au pluralisme et à l’équilibre des différents pouvoirs.

Tous les secteurs de la société ont tendance à devenir laïques : la justice, l’école (gratuite et obligatoire) et aussi l’économie qui doit se fonder sur la valeur du travail et de l’effort individuel.

La volonté de l’individu, comme celle des communautés, s’est émancipée des anciennes tutelles mais l’esprit des Lumières apporte aussi ses propres moyens de régulation. Ainsi, l’homme doit donner un sens à son existence. Tous les êtres humains possèdent des droits inaliénables (droit à la vie et à l’intégralité de son corps), il s’ensuit que la peine de mort et la torture sont illégitimes.

Mais les promesses formulées jadis n’ont pas été tenues, d’où une première conclusion : « Toute lecture rigidement optimiste de l’Histoire relève de l’illusion. » Le propre de l’homme est d’être doué d’une certaine liberté et c’est cette liberté qui l’amène à accomplir le bien comme le mal.

« Si nous voulons aujourd’hui trouver un appui dans la pensée des Lumières pour affronter nos difficultés présentes, nous ne pouvons accueillir telles quelles toutes les propositions formulées au 18° siècle… nous ne risquons pas de trahir les Lumières, c’est même le contraire qui est vrai : c’est en les critiquant que nous leur restons fidèles, et mettons en œuvre leur enseignement. »

A propos de la vérité, ce n’est pas au peuple à se prononcer sur ce qui est vrai ou faux, ce n’est pas au parlement de délibérer sur la signification des faits historiques du passé. La vérité est au-dessus des lois, elle ne se décrète pas par un vote. (contre-exemples : la Shoah, le colonialisme, le génocide arménien). La vérité ne peut dicter le bien mais elle ne doit pas non plus lui être soumise.

Le droit ne doit pas non plus être confondu avec la morale. La justice internationale ne doit pas aspirer au rôle de morale universelle mais s’appuyer sur les pactes et contrats réellement existants. Un pays n’est pas justifié à user de la violence pour restaurer la légalité ou les droits de l’homme chez son voisin (droit d’ingérence). Nous sommes chargés, en cas de besoin, d’un devoir d’assistance.

Les Lumières sont nées en Europe. Pourquoi ? La pluralité est en elle-même une source de bienfaits, elle crée un espace de liberté et favorise l’esprit critique.

« La leçon des Lumières consiste à dire que la pluralité peut donner naissance à une nouvelle unité d’au moins trois manières : elle invite à la tolérance dans l’émulation, elle développe et protège le libre esprit critique, elle facilite le détachement de soi conduisant à une intégration supérieure de soi et d’autrui. »

La capacité d’intégrer les différences sans les faire disparaître distingue l’Europe d’autres grands ensembles politiques mondiaux. Sans l’Europe pas de Lumières ; mais aussi sans les Lumières pas d’Europe.

Les adversaires traditionnels des Lumières, obscurantisme, autorité arbitraire, fanatisme, sont comme les têtes de l’hydre qui repoussent aussitôt après avoir été coupées.
L’humanité est condamnée à chercher la vérité plutôt qu’à la posséder.

Notes de lecture. Saint-Ismier 05/07/07 Joël Daniault


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